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Minox, l’agent double

James se faufile dans le bureau tandis que le personnel est parti déjeuner. Le coffre fort n’oppose pas trop de résistance et sitôt les documents sortis, ils sont fixés sur la mini pellicule de son Minox A/IIIs, un appareil photo aussi sublime que petit… En un film, Au service secret de sa Majesté (On Her Majesty’s Secret Service, 1969) le Minox A est devenu l’archétype de l’appareil photo sub-miniature et une icône du cinéma d’espionnage époque guerre froide. Le Minox dont je vous parle fait partie de l’une des plus emblématiques familles d’appareils photo compacts, initiée par un prototype de 1936 nommé Ur-MINOX. Si la marque produit également de tout petits appareils 24x36, la série des Minox de type « espion » est constituée d’appareils 9,2 mm (8x11) reconnaissables à leur forme de mini brique en métal argenté et surtout leur fonctionnement par glissement si caractéristique. Ils ont été produits de 1937 à 2004.



Le Minox A/IIIs ne s’est pas retrouvé au creux de la main du plus célèbre des agents secret par hasard et il s’agit encore moins d’un banal placement produit comme on en voit dans tellement de films - et tout particulièrement dans la série des 007, mais là n’est pas la question. En fait, durant la seconde guerre mondiale, puis ensuite tout au long de la guerre froide et très certainement jusque dans les années 90, le Minox était l’appareil photo le plus utilisé par les agents de terrain des services secrets du monde entier. Pourtant, là n’était pas sa vocation première.



En 1936, quand l’ingénieur letton Walter Zapp se met au travail sur ce projet pour le compte de la Valsts Elektrotehniskā Fabrika, son brief de départ est purement technique : il veut concevoir un appareil photo suffisamment petit pour être emporté absolument partout et utilisable de façon spontanée tout en offrant des performances de haut niveau. Le résultat est le Minox Model I (AKA Riga), un petit engin à peine plus gros qu’un cigare et pesant seulement 130 grammes - des caractéristiques qui faisaient du Minox un objet destiné au marché du luxe… Et qui répondaient parfaitement au cahier des charges des services de renseignement, qu’ils soient allemands ou alliés, ou qu’il s’agissent de la CIA, du MI6, du MOSSAD ou du KGB.



Des photos nettes et bien exposées sont à même de fournir tout un tas d’informations cruciales et, en la matière, le Minox ne se contente pas d’être facile à dissimuler et à mettre en œuvre, il est aussi capable de délivrer des clichés de grande qualité. Pensez donc, dès le Riga-Minox, fabriqué à Riga entre 1938 et 1943 (à environ 17.500 exemplaires, certains sont estampillés Made in USSR entre 1941 et 1943, durant l’occupation russe), monsieur Zapp avait pensé à un système courbant la pellicule pour qu’elle soit parfaitement alignée avec la surface de l’objectif, assurant ainsi une totale netteté de l’image de bord à bord. Après la guerre, les Minox sont produits à Wetzlar en Allemagne et au fur et à mesure que les années passent, ils ne vont cesser de s’améliorer en s’offrant les derniers raffinements de l’industrie photographique moderne.



1948, Minox A (env. 127.500 ex.) : Le second modèle, baptisé Minox A sort en 1948, il n’est plus en acier mais en aluminium, sera produit jusqu’en 1969 et décliné en trois versions : II (1948, objectif à 5 éléments), III (1950, objectif à 4 éléments) et IIIs (1954, ajout d’une prise de synchro flash).


1958, Minox B / BL (env. 400.000 ex.) : à la fin des années 50, le Minox fait un pas de géant en adoptant une cellule au sélénium. Il est donc dorénavant capable de mesurer la lumière. Il prend un peu d’embonpoint au passage mais perd quand même du poids grâce à un nouveau corps en aluminium ultra léger. Sa production s’arrête en 1972 pour faire place au BL, doté d’une cellule plus perfectionnée et surtout alimenté par une pile, ce qui lui permet de motoriser l’avance de son film. S’en est fini du légendaire mouvement transversal qui armait l’obturateur ET faisait avancer le film.


1969, Minox C (env. 173.500 ex.) : Celui là aussi est équipé d’une cellule, mais débrayable, ce qui en fait un automatique à priorité ouverture ou mode manuel.


1978, Minox LX / TLX / CLX : nouvelle ergonomie, électronique omniprésente… Bienvenue dans les années 80 ! Le LX est en aluminium, le TLX en titane et le CLX en laiton.


1981, Minox EC / ECX : E pour économique, le nouveau Minox se veut plus abordable avec son corps en plastique et son objectif à mise au point fixe. La version ECX dispose d’une électronique un peu plus pointue.


1992, Minox AX : c’est LE collector des Minox modernes. Il s’agit d’un appareil mécanique dérivé du modèle A mais doté de l’ergonomie du LX. l’AX n’a été produit qu’en éditions prestigieuses très limitées.


1999, Minox MX : le dernier des appareils espions à l’ancienne. Il n’est plus en métal mais en matériaux synthétiques. Sa production s’arrête en 2004.



Minox est aujourd’hui un nom légendaire. James Bond y est pour beaucoup, sans lui cet appareil n’aurait certainement pas été aussi connu du grand public. Cela dit il reste un petit engin assez méconnu en terme de qualité et de performances. C’est un véritable objet de collection à plus d’un titre. C’est l’appareil roi des espion, en fiction comme en réalité, il a été d’active chez les méchants et chez les gentils, chez les capitalistes et chez les socialistes ; et en véritable produit commercial de luxe, il a investi les poches et les sac à mains du beau monde occidental. Mais il est encore plus que ça : ce n’est pas un gadget mais un vrai appareil photo, capable de belles performances, quelle que soit son époque de production. C’est un vrai bijou de technologie efficace et robuste, capable de faire le bonheur des amateurs de beaux objets comme des photographes exigeants et épris de légèreté - les plus bricoleurs d’entre eux parviendront même à découper du film 35 mm pour le faire entrer dans des cartouche 9,2 mm.



Les collectionneurs se régaleront de toute une gammes d’objets complémentaires (cuves de développement, agrandisseurs, projecteurs, dragonnes métalliques permettant les transport et la mesure de distance pour la mise au point, flashs, étuis, boites à pellicules, etc.)… Sans avoir à se ruiner, du moins pour commencer. un Minox III (celui de 007), se négocie en général moins de 100€. Comptez jusqu’à 200€ pour un plus ancien modèle B en très bel état. Les modernes LX / TLX / CLX se négocient généralement aux alentours de 500€… Et bien entendu, le Riga et les séries limitées AX caracolent loin devant avec des tarif dépassant régulièrement les 1500€. Si le Riga se trouve assez facilement, pour un AX, il faut se lever un peu plus tôt. Alors, si vous vous sentez l’âme d’un aventurier en smoking, il y a de grandes chance pour que le Minox soit le seul appareil photo argentique que vous puissiez avoir sur vous en permanence sans déformer vos poches.


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Thierry VINCENT

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